Rencontre avec Thierry Oquidam, Président d’E-Nable France

Toujours à la recherche d’innovations dans l’impression 3D, Dagoma a eu l’occasion de rencontrer Thierry Oquidam, Président d’E-Nable France, une association ayant pour mission de faire appel à des makers qui utilisent l’impression 3D pour fabriquer et offrir des prothèses de mains imprimées à des enfants agénésiques.

Comment en es-tu arrivé à présider E-Nable France ?

Là encore, par une succession de coïncidences et de hasards. Début 2014, j’ai commencé à faire des recherches autour de l’impression 3D. En mai 2014 je découvre E-Nable, en juin 2014, j’achète mon imprimante 3D et en septembre 2014, je m’inscris chez E-Nable et commence à fabriquer. La demande était alors inexistante en France, j’ai donc commencé à réaliser des prothèses de main imprimées en 3D, pour la Belgique ou l’Angleterre.

C’est suite à une main fabriquée pour un petit enfant en Belgique que j’ai rencontré l’ASSEDEA, une association française qui regroupe toutes les familles des enfants agénésiques, des enfants à qui il manque tout ou un membre.

En discutant avec eux, nous en sommes venus à l’évidence que ni eux, ni E-Nable n’étaient connues en France, et qu’il nous faudrait communiquer pour se faire connaître.

Nous avons donc fait une main pour Maxence en août 2015, un petit garçon qui rêvait d’une main de super-héros. Sa famille, qui connaissait une journaliste de la région lyonnaise, a parlé de ce qu’E-Nable comptait faire pour Maxence, ce qui a conduit à une première de couverture dans ce journal local, 4 jours avant la remise de la prothèse

Le jour de la remise, tous les camions télés, les radios, les journaux de France étaient présents… Une couverture médiatique de dingue, et totalement imprévisible.

En juillet, nous avions zéro demande sur le territoire. Fin septembre 2015, 60 personnes s’étaient inscrites sur le site E-Nable US pour demander un appareil.

A la suite de ça, j’avais la possibilité de prendre mes responsabilités pour fournir une main à ces 60 personnes. Et avec des amis, nous avons créé l’association E-Nable France, en reprenant les mêmes valeurs que l’association américaine.

Donc toi aussi, tu te sers souvent de ton imprimante ?

Au quotidien ! Tout d’abord, j’ai arrêté de chercher à remplacer tous mes objets, surtout lorsqu’il n’y a qu’une seule pièce qui est cassée :  plutôt que de racheter l’appareil entier, je remplace certaines pièces.

Cela va de la petite pièce en plastique du dossier du fauteuil tournant IKEA qui casse, le cache-pile, le porte-savon, ou l’étagère que je désire et souhaite construire avec une forme bien précise. Je n’achète plus jamais un dock pour mon téléphone J

En fait, l’appétit vient en mangeant : au début on a quelques idées d’impressions, puis c’est avec notre vie de tous les jours qu’on y trouve de nombreux side effects une fois l’imprimante ancrée dans notre quotidien.

Si une personne nous lit, que peut-elle faire pour venir soutenir E-Nable ?

La première chose que vous pouvez faire est de vous équiper d’une imprimante 3D, telle que la Dagoma DiscoEasy200 qui est parfaitement capable de fabriquer nos appareils, et rejoindre notre communauté de makers. Vous pouvez également nous faire parvenir un don : n’ayant pas d’employés permanents chez E-Nable donc pas de charge salariale, chaque don sera reversé directement pour l’action de l’association, en finançant des appareils, des imprimantes 3D pour le projet Famille Relais, ou encore en remerciant les makers les plus actifs par des bobines de filaments.

Si vous aussi, vous souhaitez rejoindre l’aventure E-Nable, c’est juste ici !

Bonjour Thierry, peux-tu nous décrire E-Nable en quelques mots ?

E-Nable est un mouvement qui est né il y a 4 ans aux Etats-Unis, un pur produit de l’ingénierie logicielle et des outils de communication de notre époque.

J’ai découvert l’association en 2014, et quand j’ai compris que cela pouvait fédérer des gens, j’ai trouvé cela génial. Je cherchais une bonne raison d’acquérir une imprimantes 3D, et je venais alors de la trouver.

En tant que consultant en informatique, je travaille beaucoup avec des agences de communication et de production, et l’impression 3D est une technologie qui m’intéressait depuis très longtemps.

En 2014, de nouvelles machines sont arrivées à des prix raisonnables, et je suis tombé par hasard sur le site d’E-Nable, une association qui propose à des enfants à qui il manque une main d’être équipé d’une main imprimée en 3D, et le tout gratuitement. Là, ça a été le coup de foudre !

Et aujourd’hui E-Nable, c’est… ?

Au sein de l’association, nous sommes plus de 400 inscrits, une trentaine de makers confirmés, et nous reposons sur un financement essentiellement basé sur nos fonds propres. Nous avons tous un travail à côté, et nous bénéficions de l’aide de quelques structures.

Mais c’est une très belle aventure, imprévue, car aucun des membres fondateurs n’a de liens avec le handicap, mais simplement, comme vous chez Dagoma, éprouvent du fun à utiliser cette technologie révolutionnaire, l’impression 3D, et en plus ont le plaisir de changer un peu la vie des gens.

Aujourd’hui, comment vois-tu l’évolution de l’impression 3D dans cinq ans ?

Je ne sais pas si cela se répandra dans tous les foyers, cela nécessite un peu de connaissances et de compétences, sauf si un écosystème venait à se développer, comme avec certaines initiatives tel Happy3D de Boulanger.

En revanche, les Fablabs, d’ici 5 à 10 ans, se transformeront vraisemblablement en micro-usines qui créeront de l’emploi et de la production localement, de façon désintermédiée, au moment et aux envies que l’utilisateur aura choisi. Votre usine d’imprimantes 3D en est un bon exemple.

Dans 5 ou 10 ans, on sera sans aucun doute capable d’imprimer des choses encore inimaginables aujourd’hui, du multi matériaux, avec de l’électronique, on sera capable d’imprimer un téléphone de base, de renforcer certains domaines comme la santé ou l’aéronautique…

Pour E-Nable, il est difficile de se projeter avec à peine un an d’existence. Je pense qu’à terme, les prothésistes feront ce que nous faisons déjà aujourd’hui. Notre business sera amené à évoluer.

Cela passera notamment par les makers, le travail avec les hôpitaux et les psychologues, etc… Et avec l’évolution du transhumanisme de ces dernières années, et la possibilité non plus de combler un manque, mais de créer du surhumain, là encore, nous ferons face à un élément impactant.

Et quels sont les prochains projets pour E-Nable ?

Nous allons lancer Famille-Relais, le leitmotiv de la fin d’année en mettant en place notre « proof of concept ». Ce projet est né d’un constat : il y a une plus grande demande d’appareils que de makers qui nous rejoignent. De plus, avec des enfants qui grandissent, nous devrons donc refaire leurs équipements en plus des nouveaux qu’il faudra équiper en 2017.

Avec un nombre toujours croissant d’appareils à fabriquer, et afin de former et recruter plus de makers, nous en sommes arrivés à la conclusion que ce sont sûrement les parents de ces enfants souffrant d’agénésie qui sont les plus motivés et les plus à même à devenir de véritables makers.

Le projet n’est donc plus de donner des poissons, à savoir les prothèses déjà faites, mais bien d’apprendre à ce public de parents à pêcher en leur confiant directement une imprimante 3D. Nous avons idetifié aujourd’hui 3 familles, une en région parisienne, une à Limoges et une en Belgique qui pourraient rejoindre le projet et devenir elles-mêmes des créatrices de prothèses à partager avec la communauté.

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